Organisation, Instrumentation et Pilotage des Activités

Didier Gourc (responsable d'axe), Hervé Pingaud, Frédérick Bénaben, François Marmier, Elyes Lamine

Objectifs visés durant ces quatre dernières années

Depuis sa création, les travaux de recherche développés dans cet axe se concentrent sur la modélisation et le pilotage des activités de conception et de production de biens et/ou de services dans des systèmes socio-techniques. Cette ligne directrice est persistante. Ne dérogeant pas aux sujets qui sont d'actualité pour la recherche en génie industriel, notre contribution s'identifie toutefois selon trois points distinctifs :

  1. Une spécificité forte de l'axe est de s'intéresser à des formes d'organisation modernes basées sur une approche conceptuelle des activités à travers les prismes des projets et des processus métier. Les interactions entre ces artefacts ont même une forte tendance à se multiplier au fil du temps, et de notre expérience, répondant à un besoin d'appréhender les systèmes sur la totalité de leur cycle de vie. Le savoir-faire de l'équipe en matière de modélisation de tels systèmes croît régulièrement, débouchant sur des formes de progrès sur des méthodes et des langages. Ces résultats constituent un capital construit autour d'outils progiciels, ce qui offre des avantages en termes de transfert de connaissances. Notre dynamique en la matière vient alimenter un courant naissant d'ingénierie d'entreprise dirigée par les modèles.
  2. Les organisations à caractère distribué constituent un objet d'étude privilégié, qui type fortement les travaux de l'équipe sur cette période. La capacité à appréhender la structure et le fonctionnement d'une organisation par les prismes des projets et des processus facilite le passage à l'échelle du fonctionnement en réseau, et par là même sa modélisation. Le sujet est toutefois pris sous l'angle original de l'interopérabilité, c'est-à-dire de la capacité à fonctionner en réseau dans une collaboration finalisée avec d'autres organisations, à moindre effort. Dans cette veine de travaux, le rapport au pilotage d'une collaboration est appréhendé sous l'angle du système d'information, dans une approche en cours de construction et fondée sur le concept de médiation de partenaires.
  3. Nous avons résolument choisi de travailler uniquement la prise en compte du risque dans le pilotage des systèmes socio-techniques, et cela depuis presque une décennie, en produisant un effort continu bien avant que ce thème ne rencontre le succès que l'on connaît. Nos avancées sont dans le domaine de la planification des activités en milieu instable pour le pilotage a priori, dans le développement de modèles pour l'intégration du risque dans les méthodes de management, dans la mise en place de tableaux de bord incluant une dimension risque pour le pilotage a posteriori. Ces résultats nous conduisent naturellement à promouvoir la prise en compte du risque dans les modèles et dans les outils d'aide à la décision comme une des formes les plus abouties d'agilité des organisations.

Les objectifs visés durant ces quatre dernières années ont donc été :

  • de consolider les compétences en management des risques et en conception de systèmes d'information de médiation, de partager cette culture commune pour alimenter des projets croisés, de manière à faire fructifier le patrimoine scientifique,
  • d'enrichir ces points forts thématiques dans le domaine des services sur un terrain particulier, et jugé particulièrement propice, qui est celui des systèmes de santé,
  • d'atteindre un niveau de reconnaissance et de maturité par notre production scientifique (au travers de publications dans des revues internationales), et ainsi de valoriser les travaux réalisés et les résultats obtenus,
  • de développer notre représentation et renommée à la fois sur le plan national et sur le plan international, essentiellement en étant actif dans les réseaux correspondant à nos spécialités.

Nous pensons avoir produit, dans les quatre dernières années, des résultats significatifs sur ces quatre objectifs, et nous désirons à l'avenir nous appuyer sur ces derniers afin de stabiliser le rythme de publication scientifique acquis.

Synthèse des activités et des résultats de l'axe « Organisation, Instrumentation et Pilotage des Activités »

Contexte

L'axe s'intitule « Organisation, Instrumentation et Pilotage des Activités ». Nous nous intéressons essentiellement aux systèmes de pilotage des activités incluant les systèmes d'information qui les supportent, que ces activités s'insèrent dans la définition de projets ou de processus, intégré au sein d'organisations distribuées.

En effet, ces dernières mettent en oeuvre un nombre important d'acteurs, d'horizons divers, de compétences et expertises complémentaires, appartenant à des services et structures distincts, non obligatoirement co-localisés. La planification et le pilotage des activités opérationnelles constituent un enjeu essentiel pour la compétitivité de ces entreprises et organisations. Toutes ces caractéristiques militent dans la nécessité d'analyser, modéliser et proposer des systèmes de pilotage particuliers spécialement adaptés à leurs besoins.

Nous portons également un intérêt particulier à la conception de systèmes de pilotage agile capables de faire face aux turbulences auxquelles les organisations distribuées sont confrontées, qu'elles soient liées à des évènements, aléas, endogènes ou exogènes. Cet environnement fortement perturbé et incertain dans lequel les systèmes de pilotage doivent agir nous conduit à travailler sur les méthodes et modèles de prise en compte des risques et incertitudes, seuls capable d'assurer l'agilité des systèmes de pilotage en leur conférant des capacités d'anticipation et/ou de réaction.

Nous pensons que les grandes problématiques d'avenir pour l'organisation et l'instrumentation des systèmes de pilotage d'activités porteront sur l'apport des systèmes d'information et de médiation, la définition de modèles de pilotage intégrant les dimensions risque et incertitude, l'aide à la décision en environnement incertain en vue de la décision, l'intégration des acteurs humains dans les processus de décision sous incertitude, l'ingénierie des processus...

La problématique de l'axe

L'axe Organisation, Instrumentation et Pilotage des Activités est organisé en deux projets structurants : Systèmes de pilotage d'activités et de projets intégrant la prise en compte du risque (D. Gourc) et Conception des systèmes d'information de médiation pour le pilotage de systèmes interopérables (F. Benaben). De manière transversale, un terrain particulier, celui des systèmes de santé et en particulier celui de la prise en charge à domicile des patients (E. Lamine), fait l'objet d'investigations riches et novatrices pour appliquer, développer et enrichir ces thématiques.

Systèmes de pilotage d'activités et de projets intégrant la prise en compte du risque (responsable D. Gourc)

Il s'agit ici de développer des savoirs formels et appliqués sur tous les aspects de modélisation, de planification et de décision pour le pilotage agile des organisations distribuées. L'originalité de l'ensemble de ces travaux réside dans l'adoption d'un point de vue risque et incertitude. Les travaux développés s'appuient sur des besoins industriels issus par exemple du secteur pharmaceutique, mais pas uniquement, développement logiciel, coordination d'unités de soin...

Le développement de nouveaux produits (médicament, cosmétique, vétérinaire), est caractérisé par de fortes incertitudes (marché, performance...), par de nombreux risques tout au long du développement (présence ou non d'un concurrent, évolutions réglementaires, effets secondaires, toxicité élevée...). Dans ce contexte, le pilotage des activités de développement consiste en de nombreuses décisions stratégiques/tactiques portées par des enjeux importants nécessitant une analyse opportunité (bénéfice) / risque de chaque scénario. Ces quelques éléments justifient de l'intérêt de ce domaine pour nos travaux de recherche et en font un terrain de prédilection particulièrement riche.

Dans ce contexte, nous nous intéressons à deux objets d'étude particuliers, qui sont les projets et les processus. Tous deux mettent en oeuvre des activités métiers réalisées par des acteurs et qui nécessitent la mise en place d'un système de pilotage. L'objectif à long terme est de dégager une méthodologie et un modèle de pilotage intégré des activités, qu'ils soient exprimés à des niveaux projet, portefeuilles de projets ou processus.

Les problématiques abordées dans ce projet portent sur :

  • le pilotage intégré projet/risque,
  • l'apport du concept de risque dans l'ingénierie des processus.

Elles seront développées dans la partie relative aux contributions scientifiques et industrielles.

Conception de systèmes d'information et de médiation pour le pilotage de systèmes interopérables (responsable F. Benaben).

Il s'agit d'accompagner les réseaux d'organisations qui souhaitent être rapidement et efficacement opérationnels collectivement. Le point de vue initial de ces travaux relève des trois constats suivants :

  • il est aujourd'hui nécessaire, voire crucial, d'être capable d'établir rapidement, dans un périmètre géographique indéfini et pour une durée parfois très courte, une collaboration efficace et sûre.
  • En outre, les systèmes d'information jouent aujourd'hui à la fois le rôle de dorsale fonctionnelle (pilotage des activités métiers, gestion des données, qualité, etc.) et celui d'interface (communication et échange avec l'extérieur et les autres organisations).
  • L'interopérabilité relève de trois fonctions principales, qui doivent être prises en charge dans un contexte collaboratif : (i) la conversion et l'acheminement des données, (ii) la gestion des applications et des services et (iii) l'orchestration des processus collaboratifs.

Forts de ces considérations, l'objectif de ces travaux est donc de définir une démarche de conception de système d'information de médiation (SIM), permettant de déployer rapidement une architecture support des trois fonctions de l'interopérabilité (sous la forme d'un bus de services) dans un contexte collaboratif pouvant être particulièrement distribué, éventuellement opportuniste et pour une durée potentiellement brève.

Pour ce faire, l'approche choisie se base sur une démarche dirigée par les modèles (Model-driven engineering) afin de définir, concevoir puis déployer le juste SI de médiation.

Ces travaux se positionnent dans un contexte « orienté services », dans lequel les SI des partenaires sont considérés comme satisfaisants aux concepts SOA (Service Oriented Architecture).

Un certain nombre de compétences initiales de l'équipe sont ainsi mises à profit (modélisation d'entreprise, modélisation de système d'information, théorie des réseaux d'organisations), alors que d'autres aptitudes nouvelles, incontournables et souvent émergeantes, sont apparues (approches orientées services, gestion de la connaissance et ontologies, technologies ESB) permettant aux acteurs de l'axe d'avancer sur ce sujet de manière pérenne et innovante.

Pilotage robuste et agile des processus métiers dans le domaine de la santé et à travers leurs SI associés (E. Lamine)

Les statistiques démographiques concernant le vieillissement de la population en France et en Europe sont éloquentes. Parmi les conséquences de cette évolution, on prévoit une augmentation sensible du nombre de personnes en perte d'autonomie, induisant une augmentation des frais de la prise en charge et de l'hospitalisation. De nombreux acteurs économiques, publics et privés, cherchent des solutions palliatives. Ils ont compris l'intérêt de tenter de transférer certains soins de l'hôpital vers le domicile à une échelle plus considérable qu'aujourd'hui. Faisant écho à cette volonté de développement, de nombreux projets cherchent les nouvelles organisations et infrastructures. La plupart de ces projets innovent en proposant un emploi de capteurs et de technologies de l'information et de la communication appropriées. Toutefois, il n'y a pas réellement aujourd'hui et à notre connaissance, de travaux abordant la problématique dans une formulation d'ensemble, c'est-à-dire réfléchissant à une architecture générique de système de maintien des patients à domicile.

Le projet de recherche PASPORD, dans lequel s'inscrivent nos travaux, a pour objectif de développer la capacité d'assistance à domicile de personnes légèrement dépendantes ou en perte d'autonomie via une plate-forme collaborative adaptée. Ce projet propose de combiner un système intelligent pour la détection des situations dangereuses à domicile avec un système d'aide à la coordination des différents métiers impliqués dans la mission d'assistance. Il sera expérimenté sur le territoire régional de Midi-Pyrénées. Au coeur de ce dispositif, et à un niveau conceptuel, on trouve un processus de la prise en charge à domicile (PAD). C'est ce processus qui forme notre sujet de préoccupation dans les premiers mois des travaux de la thèse de doctorat de S. Zefouni, en partenariat avec le département « Informatique et Systèmes d'Information de Santé » de l'Université JF Champollion (site de Castres).

Ce projet s'inscrit dans la continuité des actions menées au sein de l'action collective 2HM (Hôpital Hors les Murs) du GdR MACS

Contributions scientifiques et industrielles

Les contributions scientifiques et industrielles ont été réalisées dans le domaine de la conception de systèmes de pilotage intégrant la prise en compte du risque d'une part, et dans le domaine de la conception des systèmes d'information et de médiation d'autre part.

Les contributions et résultats de l'axe sont détaillés ci-dessous.

Systèmes de pilotage d'activités et de projets intégrant la prise en compte du risque (responsable D. Gourc)

Il s'agit ici de proposer des modèles permettant de pallier les lacunes des modèles classiques de pilotage de projet. Ces derniers ont tendance à considérer comme indépendants chacun des processus contributifs au pilotage de projet (délai, coût, ressources, risques, achats, etc.). Chacun de ces processus dispose de ses propres méthodes/modèles et ne sont que très rarement interfacés correctement.

Sur la base de ces constats, établis de manière théorique, mais également sur la base d'échanges avec des praticiens, les travaux de thèse de S. Bakir (1999-2003) ont permis de « défricher » cette problématique et de mettre en évidence la nécessité et l'intérêt de mettre en relation les processus de planification de projet et celui de management des risques. Une première version d'un processus synchronisé « planification/risque » a été proposée, sous la dénomination RiskMaProSync. Il s'agissait de décrire les interactions et influences réciproques entre définition des tâches dans le planning, la caractérisation des risques (leurs impacts plannings) et la réalisation des actions de traitement. Un ensemble de primitives de modélisation des alternatives a également été proposé en vue du développement d'un prototype informatique support de la méthode.

Sur la base de ces résultats, un ensemble de travaux a vu le jour,afin de compléter l'approche. Il s'agit de la thèse de C. L. Villarreal (2002-2005), qui a étendu le processus synchronisé au domaine du pilotage global de projets partagés entre PME. Les travaux ont été menés en collaboration avec un groupement de PME en Midi-Pyrénées.

Par la suite, T. H. Nguyen (2006-2009) s'est attaché à spécifier et développer un prototype informatique reprenant et étendant les primitives de modélisation décrites par S. Bakir. Il s'est intéressé, de plus, à élargir le domaine d'usage en proposant la modélisation de risques dépendants et la définition des concepts de scénario de risque et de scénario de projet. Ainsi, ses propositions permettent de générer et d'évaluer l'ensemble des scénarios de projet induits par la présence des risques et les différentes alternatives de traitement possibles. L'outil ProRisk qu'il a développé a pour objectif d'aider le chef de projet dans l'analyse de son projet et dans les décisions qu'il aurait à prendre, quant aux stratégies de traitement à mettre en oeuvre.

Par ailleurs, B. Ravalison (2002-2005) a quant à lui ouvert une voie pour l'évaluation quantitative des risques et leur hiérarchisation en vue du choix des risques à traiter. Son approche s'appuie sur une méthode d'évaluation multi-critères, la méthode AHP. Il a également proposé une méthode originale multi-points de vue pour aider les experts métier à identifier, de manière la plus exhaustive possible, les risques. Elle s'appuie sur le concept de marguerite des risques.

En ce qui concerne les travaux engagés depuis peu sur ce thème, mentionnons les travaux de thèse de G. Marquès (2007-2010) et C. Rongier (2009-2012), en co-encadrement avec l'axe Logistique, qui visent à étudier les approches d'évaluation du risque respectivement dans le pilotage des chaînes logistiques et dans le pilotage de la résolution d'une crise.

Outre les travaux cités ci-dessus, majoritairement orientés sur le pilotage mono-projet, nous avons développé un ensemble de recherches sur le domaine du pilotage multi-projet et tout particulièrement de la modélisation de « portefeuille dynamique » de projets, tenant compte des facteurs d'incertitude et d'attrition des projets. Cet ensemble de travaux, en relation avec des besoins industriels (Vétoquinol), s'inscrit dans la problématique d'aide au choix de stratégie d'entreprise (choix des axes thérapeutiques, effort de développement et d'innovation à consacrer).

  • Modèle d'estimation a priori du risque d'arrêt d'un projet de R&D pharmaceutique,
  • VISCOS : Modèle de portefeuille dynamique pour la définition de la stratégie de développement de nouveau produit pour un laboratoire pharmaceutique.

Ces travaux s'inscrivent en continuation de la thèse de Sophie Bougaret (1999-2002), qui portait sur la Prise en compte de l'incertitude dans la valorisation des projets de recherche et développement : la valeur de l'information nouvelle. Ils se poursuivent aujourd'hui en particulier par la collaboration avec le cabinet de conseil Manageos, créé par S. Bougaret à l'issue de sa thèse réalisée au CGI de l'Ecole des Mines Albi-Carmaux.

Les trois sujets de thèse qui suivent traitent d'une dimension particulière du risque dans une perspective d'ingénierie d'entreprise. Ils ont en commun d'étudier une nouvelle culture autour de l'ingénierie d'entreprise dirigée par les modèles.

La thèse d'A. Sienou s'inscrit dans le courant BPM et a pour objectif d'améliorer la relation entre la gestion des risques et la gestion des processus au sein de l'organisation, afin de tendre vers une gestion robuste des processus. Partant du constat de l'inadéquation des méthodes et langages actuels vis-à-vis de cette approche coordonnée, son travail de recherche s'est concrétisé par l'explicitation de l'ensemble des couplages possibles (un « mapping ») entre les deux formes de gestion, et l'enrichissement de la boîte à outils de la Modélisation d'Entreprise par un langage de modélisation semi-formel du risque et du processus. Il a ainsi développé des constructeurs, en s'appuyant particulièrement sur les concepts empruntés à la méthode ARIS, permettant d'insérer la dimension risque lors de la modélisation des processus. Une étude de cas, en relation avec le pilotage du circuit du médicament, a été réalisée afin de valider ces différents concepts.

En parallèle, R. Deguil a travaillé le domaine des référentiels de maturité pour l'évaluation des processus logiciel. L'objectif particulier était de proposer un référentiel adapté à la DSI d'un groupe pharmaceutique pour minimiser le risque de non conformité, suite à la demande d'autorisation réglementaire de produire. Il devait s'appuyer sur les bonnes pratiques connues et répertoriées dans le domaine du développement logiciel, tout en respectant les contraintes réglementaires pharmaceutiques que toute instance auditable doit satisfaire. La question posée est « quelles pratiques informatiques déployer pour respecter un niveau d'exigence réglementaire pharmaceutique donné ? ». Les résultats obtenus comprennent un « mapping » entre divers référentiels (informatique et pharmaceutique), qui permet d'identifier les pratiques informatiques à déployer par une DSI, ainsi qu'un formalisme de mise en relation des pratiques de chaque référentiel.

L'acte d'innovation est reconnu comme un processus risqué, assez peu structuré, mais dont des activités motrices sont connues, nécessitant une coordination d'acteurs et jalonnant des étapes qui vont de l'idée primaire à la satisfaction explicite de besoin de marché, ou plus largement de besoin de la société ou de la planète. Les liens entre l'innovation et les projets sont ténus. Les hypothèses formulées dans l'ensemble des travaux scientifiques, ainsi que la nature et la portée des sujets traités, révèlent souvent des problématiques à caractère stratégique sans prise en compte des capacités limitées de l'organisation. Or, la mobilisation des moyens et des énergies pour l'innovation peut s'inscrire dans un contexte opérationnel, comme une série d'activités parallèles aux tâches des projets en cours, voire même inscrites au sein même de tâches qui sont alors révisées.

C'est un exercice d'incitation, de promotion et de valorisation de l'innovation, formulé dans un cadre de management de projet, qui est au coeur de notre problématique de recherche sur le sujet de thèse de T. Penide. Un tel contexte fait naître une notion de curseur pour le management, curseur qui doit doser les charges accordées à chaque mission (innover et produire) dans un système assez complexe. L'étude repose sur une analyse des concepts fondamentaux, qui président à la définition de l'innovation, et sur leur mise en relation (« mapping ») avec les concepts fondamentaux des systèmes d'entreprise où la notion de processus est centrale. Le résultat est un processus global unissant la réalisation des projets et l'innovation de manière harmonieuse. Son exécution sera ponctuée par une mesure de performances, exprimée sous forme de tableaux de bord propres à mettre en évidence l'innovation.

Conception de systèmes d'information et de médiation pour le pilotage de systèmes interopérables (responsable F. Benaben)

Les travaux menés autour de cette thématique ambitionnent de supporter l'interopérabilité d'organisations, impliquées dans un même rassemblement collaboratif, au moyen de l'intégration de leurs systèmes d'informations respectifs au sein d'un système de systèmes (dont la cohésion est assurée par le SIM - Système d'Information de Médiation). Le projet MISE (Mediation Information System Engineering) interne à l'axe OIPA, est le support d'accueil principal de cette thématique. Ces travaux visent à permettre à un réseau d'organisations (existant ou non, opportuniste ou non) de déployer rapidement et efficacement un SIM permettant de supporter l'interopérabilité et d'outiller la dynamique de collaboration (en particulier entre les SI des partenaires). Au-delà de la problématique technologique de cet objectif se trouve la nécessité de respecter les spécificités métier du réseau collaboratif (rôle des acteurs, séquencement et nature des échanges, etc.). Pour ce faire, les travaux menés proposent de parcourir les trois niveaux d'abstraction suivants :

  1. Métier : ce premier niveau concerne la définition de modèle de processus collaboratif pertinent et cohérent avec le regroupement collaboratif considéré,
  2. Logique : ce deuxième niveau relève de la définition de modèle de SIM adapté au regroupement collaboratif, sur la base du modèle de processus collaboratif construit au niveau métier,
  3. Technologique : ce troisième niveau permet le déploiement du SIM relatif au modèle logique construit au niveau précédent et support du processus collaboratif modélisé au niveau métier.

Par ailleurs, les mécanismes de transition entre ces trois niveaux, basés sur les notions de transformation de modèle (morphisme de modèle et traduction de langage), assurent la continuité et la cohérence de l'ensemble. C'est également une contribution au mouvement d'ingénierie d'entreprise dirigée par les modèles.

La mise en oeuvre de ces activités de recherche permet d'identifier aujourd'hui deux principaux domaines d'application, qui sont :

  • la gestion des crises et le déploiement, au sein d'une cellule de crise, d'un SIM agile, qui facilite la coordination des acteurs en supportant le processus collaboratif (éventuellement instable), construit à partir de la caractérisation de la situation,
  • Les réseaux d'entreprises et le déploiement, au sein d'un réseau (institué, opportuniste, etc.), d'un SIM qui anime la collaboration des partenaires en supportant le processus collaboratif construit à partir de la connaissance disponible sur le réseau.

Dans ce contexte, un certain nombre de travaux relatifs à cette problématique ont été encadrés ou sont en cours d'encadrement :

  • Thèse de F. Darras (2000-2004, convention CIFRE avec Sylob) : cadre de référence pour la conception et l'exploitation de système d'information et de progiciel.
  • Thèse de J. Touzi (2004-2007, bourse Ecole) : construction d'un modèle logique de SIM en UML, sur la base d'un modèle de processus collaboratif en BPMN et outillage.
  • Thèse de V. Rajsiri (2006-2009, convention CIFRE avec eBM-WebSourcing) : construction d'un modèle métier de processus collaboratif en BPMN, sur la base de la caractérisation ontologique d'une situation collaborative et outillage.
  • Post-doctorat de J. Touzi (2007-2008, bourse ARMINES) : déploiement d'un SIM sous la forme d'un ESB PEtALS, sur la base d'un modèle logique de SIM en UML, et outillage.
  • Thèse de S. Truptil (2007-2010, bourse ARMINES) : adjonction de propriétés d'agilité à la chaîne de construction (design-time) et d'exécution (run-time) d'un SIM sous la forme d'un ESB PetALS (Bus de services d'entreprise), en situation de crise et outillage.

Par ailleurs, deux autres sujets de thèse ont été définis et seront lancés à la rentrée 2009 :

  • Thèse de W. Mu (2009-2012, bourse ARMINES) : construction de modèles métier et logique multi-points de vue (MISE 2e génération), sur la base de la caractérisation ontologique d'une situation collaborative et outillage.
  • Thèse de N. Boissel-Dallier (2009-2012, convention CIFRE avec eBM-WebSourcing) : réconciliation sémantique entre les activités/informations identifiées au niveau logique et les services/données nécessaires au déploiement au niveau technologique (MISE 2e génération).

Ces travaux s'appuient sur bon nombre de collaborations et en particulier avec la société eBM-WebSourcing, partenaire de l'équipe depuis 2004 (année de fondation de cette société).

Projets financés

L'ensemble des travaux énumérés précédemment s'appuie, entre autres, sur des projets financés :

  • Projet JOnES (ANR-05-RNTL-01) commencé en 2006 et terminé en 2009,
  • Projet ISyCri (ANR-06-SECU-006) commencé en 2007 et en cours en 2009,
  • Projet ISTA3 (InterOP-Vlab, FUI) commencé en 2008 et en cours en 2009.

Le projet JOnES (Java Open ESB) avait pour objectif l'étude, la définition et le développement d'un middleware de services, dédié à supporter plusieurs noeuds d'exécution de services. Cette solution technologique à la problématique de l'orchestration de services hétérogènes (SOAP, Java, etc.) a été réalisée sous la forme d'une architecture relevant du monde du logiciel libre. Ce projet est, entre autres, à l'origine du bus de services PEtALS.

Notre contribution a porté sur la définition et l'implémentation d'un cas d'utilisation multi-acteurs destiné à faire la démonstration de l'aspect multi-nodal de l'architecture, tout en mettant en évidence les corrélations possibles entre la caractérisation « métier » du besoin et le déploiement « technologique » du bus.

Le projet ISyCri (Interopérabilité des Systèmes en situation de Crise) a pour objectif l'aide à la gestion de crises (civile, militaire, industrielle, naturelle, nationale, internationale, etc.) au travers de la définition d'une démarche de déploiement d'un SI de médiation entre les acteurs engagés dans la résolution de la situation. Le principe du projet ISyCri est d'assister la définition de la dynamique de réponse (production de processus collaboratifs), d'orchestrer cette réponse (workflows collaboratifs) et de permettre aux membres de la cellule de crise (partenaires institutionnels, forces de l'ordre, organismes de santé, ONG, etc.) d'organiser la mise en oeuvre de leurs ressources et de leurs compétences. Un enjeu important du projet IsyCri, au-delà du déploiement d'un médiateur de SI, approprié et dédié à la situation concernée, relève de l'agilité dudit médiateur et de sa capacité à demeurer pertinent vis-à-vis de l'évolution de la situation. Divers mécanismes d'adaptation, de reconfiguration, voire de redéfinition de ce médiateur sont également étudiés et proposés.

Notre contribution porte sur plusieurs points :

  • tout d'abord, l'axe OIPA du Centre de Génie Industriel est coordinateur du projet et à ce titre prend en charge toute l'organisation et le pilotage du projet.
  • Sur un second plan, nous sommes également impliqués dans bon nombre de lots de travail et en particulier ceux concernant (i) la définition du méta-modèle et de la méthode de caractérisation de crise, (ii) la chaîne de déduction et de déploiement du médiateur et (iii) l'agilité du médiateur déployé.
  • Enfin, la thèse de Sébastien Truptil et le post-doc de Jihed Touzi s'inscrivent dans ce projet.

Le projet ISTA3 (Interopérabilité de 3e génération pour la Sous-Traitance dans l'Aéronautique) a pour objectif de spécifier et développer les principes d'une interopérabilité de 3e génération basée sur un ensemble de connecteurs informatiques permettant de relier les sous-traitants de l'aéronautique à la plateforme SEINE pour la conception et la fabrication d'aérostructures. Pour compléter ces travaux, le projet ISTA3 s'intéresse au développement d'Utilitaires de Service en interopérabilité basés sur les ontologies, permettant de s'affranchir dans une certaine limite des standards existants.

Notre contribution porte sur trois aspects qui sont :

  • le déploiement d'indicateurs de performance pour évaluer a priori les possibilités et l'intérêt de l'interopérabilité (maturité des organisations) et de mesurer a posteriori les résultats (en collaboration avec l'axe Logistique),
  • l'évaluation des risques pour une organisation à déployer (versus ne pas déployer) des solutions d'interopérabilité,
  • les démarches dirigées par les modèles pour la définition et le support de l'interopérabilité (technique et sémantique).

Les thèses de N. Boissel-Dallier, W. Mu et C. Rongier s'inscrivent dans ce projet.

Thèses soutenues et en cours

Six thèses ont été soutenues durant ces quatre dernières années :

  • A. Sienou, « Proposition d'un cadre méthodologique pour le management intégré des risques et des processus d'entreprise », 26 juin 2009, encadrement : H. Pingaud, E. Lamine,
  • V. Rajsiri, « Spécification de processus collaboratifs en utilisant un système basé sur des connaissances », 3 mars 2009, encadrement : H. PINGAUD, F. Bénaben,
  • R. Deguil, « Mapping entre un référentiel d'exigences et un modèle de maturité : application à l'industrie pharmaceutique », 24 novembre 2008, encadrement : D. Gourc, H. Pingaud, D Carrasco,
  • J. Touzi, « Aide à la conception de système d'information collaboratif, support de l'interopérabilité des entreprises », 9 novembre 2007, encadrement : H. Pingaud, F. Bénaben,
  • B. Ravalison, « Mise en scène des projets de système d'information : apports de la maîtrise des risques dans le pilotage des projets », 1er février 2006, encadrement : H. Pingaud, D. Gourc, B. Vacher,
  • C. L. Villarreal Lizarraga, « Contribution au pilotage des projets partagés par des PME en groupement basée sur la gestion des risques », 18 octobre 2005, encadrement : L. Dupont, D. Gourc.

Sept thèses en cours en 2009 :

  • N. Boissel-Dallier, « Identification sémantique des services », CIFRE eBM-WebSourcing, Encadrement H. Pingaud, F. Bénaben (2009-2012),
  • W. Mu, « Construction de modèles de collaboration multi-points de vue », ARMINES Projet ISTA3, encadrement H. Pingaud, F. Bénaben (2009-2012),
  • S. Hassanzadeh, « Etude des processus de décision sans degré d'urgence dans un contexte d'incertitude : confrontation de pratiques pour de nouvelles méthodologies », CIFRE FonCSI, encadrement D. Gourc (2009-2012),
  • S. Truptil, « Agilité de système de systèmes d'information », encadrement H. Pingaud, F. Bénaben (2008-2011),
  • T. Pénide, « Favoriser l'innovation dans une organisation par projets sous contraintes de ressources : définition d'une approche basée sur les processus », CIFRE Pierre Fabre Pôle Innovation, encadrement H. Pingaud, D. Gourc (2008-2011)
  • T. H. Nguyen, « Planification de projets sous incertitude par la technique des scénarios alternatifs : modélisation des risques dépendants et évaluation agrégée », bourse Ecole, encadrement D. Gourc, F. Marmier (2006-2009).

Deux thèses en co-encadrement avec l'axe Logistique :

  • C. Rongier, « Evaluation de performance en situation de crise : vers un plan de continuité de pilotage », encadrement D. Gourc, M. Lauras, F. Galasso, bourse Ecole + projet ISTA3, encadrement D. Gourc, M. Lauras, F. Galasso (2009-2012),
  • G. Marquès, « Gestion des risques pour la gestion d'une chaîne logistique, une approche par simulation », bourse Ecole, encadrement D. Gourc, C. Thierry, J. Lamothe (2007-2010).

Une thèse en co-tutelle avec le département « Informatique et Systèmes d'Information de Santé » de l'Université JF Champollion (site de Castres) :

  • S. Zefouni, « Workflows agiles pour la prise en charge à domicile des patients dépendants », encadrement H. Pingaud, R. Bastide, E. Lamine (2008-2011).