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Le professeur Ange Nzihou décoré de l’Ordre National du Mérite

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Directeur du Centre de Recherche RAPSODEE à IMT Mines Albi, le professeur Ange Nzihou recevra, le 22 septembre, les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Mérite.

Une cérémonie qui revêt un sens profond pour ce chercheur, souvent récompensé au plus haut niveau international pour ses travaux dans les domaines de l’environnement et de l’énergie.

Professeur invité aux USA, en Chine et en Irlande, lauréat en 2010 du Prix de l’Académie des Sciences Américaine et en 2015 du prix « Progress and Innovation in Research » décerné par l’Académie des Sciences de Chine, rédacteur en chef de la revue scientifique internationale « Waste and Biomass Valorisation » publiée par les éditions Springer, le professeur Ange NZihou a acquis depuis longtemps une reconnaissance internationale.

Mais c’est dans un autre registre que se situe, pour lui, cette nouvelle distinction : « Il ne s’agit pas d’une reconnaissance professionnelle attribuée par les pairs, mais de la distinction accordée par le pays qui m’a accueilli lorsque je suis arrivé du Congo Brazzaville à l’âge de 21 ans. Mes probabilités de réussite étaient alors très incertaines ! Je suis devenu français et je me suis profondément attaché à ce pays qui m’a donné ma chance. J’ai poursuivi mon parcours au sein d'IMT Mines Albi qui m’a offert la possibilité d’éclore et la liberté de me déployer à l’international. Recevoir l’Ordre national du Mérite est pour moi un grand honneur, qui  dépasse le cadre scientifique. »

C’est au nom de cet attachement qu’Ange Nzihou, malgré de nombreuses sollicitations des plus grandes universités, a gardé en France son port d’attache. Tout en enrichissant son regard de son expérience internationale :  « Quand on voyage, on se rend compte que la France est un pays qui doute de lui-même et n’a pas pleinement conscience de ses possibilités. Et pourtant, dans certains domaines de recherche, personne ne fait mieux ! » 

Un syndrome d’humilité nationale ? « Question de culture. Ici la réussite dérange toujours un peu, à l’inverse par exemple des Etats-Unis. Il y a une certaine méfiance devant celui qui sort du rang. Cela crée des problèmes  pour garder nos propres chercheurs, mais aussi pour être attractif vis-à-vis des chercheurs étrangers. Il faut qu’ils rentrent dans des cases précises de statut, de poste défini, de salaire standard… les laboratoires français ont du mal à faire du sur-mesure pour leur recrutement, et c’est un frein important. D’autres pays n’ont pas ces pudeurs. Et pourtant, je le répète, nous sommes ici environnés d’atouts et de talents. »

Fédérateur de compétences, le professeur Ange Nzihou plaide pour dépasser les barrières et « faire percoler la science dans la société. Il faut mettre l’acquis scientifique au service du plus grand nombre, faciliter le lien entre la Recherche et l’entreprise, créer de la valeur et du développement par l’innovation. C’est pour cela que nous avons créé le cycle de conférences internationales WasteEng, qui rassemble tous les acteurs de la société –chercheurs, acteurs économiques, industriels, institutionnels- autour de la problématique de la valorisation des déchets. »

Créé en 2005, WasteEng n’a cessé depuis de prendre de l’envergure, au fur et à mesure que le développement durable s’installait dans les faits et dans les esprits. « Il y a 20 ans, nous étions un peu isolés lorsque nous parlions de transition énergétique et environnementale. Il fallait expliquer et convaincre. Depuis, la société a muri, la dimension environnementale n’est plus comprise seulement comme un combat écologique, mais comme une approche globale. Sauver la planète est un slogan qui parle à beaucoup de monde, mais il n’y aura pas de développement durable s’il n’y a pas de développement économique et si on n’y intègre pas les enjeux sociétaux, la création de richesse et d’emplois. » Une approche lucide et prudente devant les progrès qui restent à faire, mais fondamentalement optimiste : « La prise de conscience est grandissante. On sait désormais que l’on peut créer de la valeur par l’économie verte. Il reste à s’engager complétement, à en faire l’un des piliers de notre société ».

Comme un symbole, c’est Jean-Louis Etienne qui lui remettra, le 22 septembre, ses insignes de Chevalier de l’Ordre du Mérite. « Nos chemins se sont croisés lors de l’édition d’un ouvrage, « La France des solutions » édité par Reporters d’Espoirs. Le courant est passé très rapidement entre nous. Jean-Louis Etienne est un exemple pour son courage, sa ferme volonté et pour sa capacité à explorer des routes qui n’existent pas. Il a su tracer son propre parcours et sensibiliser des millions de gens à la préservation de la planète. C’est un homme sincère, qui porte un engagement admirable. » Engagement qui n’est pas sans rapport avec cette volonté, souvent fois évoquée par Ange Nzihou, de faire « percoler » dans nos vies quotidiennes les idées, les savoirs et les innovations issues de la recherche scientifique.