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Ma thèse en 180 secondes : interview de Quentin Schoen

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Le 24 avril à 18h30 Quentin Schoen, doctorant au laboratoire Génie Industriel et ingénieur Mines Albi 2015, a participé à la finale régionale du concours national "Ma Thèse en 180 secondes" au théâtre Sorano (Toulouse).

Avant de le retrouver pour la finale, Quentin Schoen nous présentait son parcours au travers d'une interview passionnante :

 

 

  • Comment avez-vous eu l’idée de participer à Ma thèse en 180 secondes ?

C’était une partie des formations disponibles de mon école doctorale. Chaque doctorant doit suivre un certain nombre de formations durant son cursus et Ma Thèse en 180 secondes en faisait partie. J’ai fait beaucoup de théâtre auparavant et je trouvais l’idée amusante et la contrainte du temps assez sympa. Je ne me suis jamais vraiment confronté à cette contrainte de temps, mais l’idée est de pouvoir me faire plaisir en expliquant ce que je fais parce que c’est rarement évident d’expliquer ce qu’on fait !

  • Que pensez-vous de ce dispositif ?

J’en avais entendu parlé, mais je ne savais pas exactement en quoi cela consistait vraiment. Sans être doctorant, je trouvais le principe plutôt marrant et sympa. Cela permet une vulgarisation de nos thématiques de recherche, qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre.  

  • Avez vous été préparé pour ce pitch ? Si oui par qui ?

Pendant la formation au dispositif, on participe à deux jours de préparation :

Une 1ère journée dite d’écriture. On nous donne des conseils et des structures de textes types à réutiliser. On fait des essais, on les présente et ensuite on adapte. Ce sont des séances d’écriture assez confortables et bien organisées, avec une petite dizaine de personnes.
Une 2ème journée plutôt tournée autour de la diction et de la mise en scène. Entre la 1ère et la 2ème séance, nous avons retravaillé chacun nos textes pour s’assurer que cela rentre dans l’intervalle de temps de 3 minutes, que notre texte est compréhensible et qu’on s’exprime correctement. Cela nous permet de bien travailler la mise en scène pour cette 2ème séance, car c’est assez important pour une présentation aussi rapide.

J’ai effectué également une préparation seul, pour me sentir plus à l’aise et j’ai présenté le tout à mes encadrants pour validation.

  • Votre sujet de thèse ?

Je fais une thèse CIFRE, cela veut dire plus précisément que je fais une thèse en entreprise.

Mon travail se décompose en 2 aspects :

- Un travail de recherche qui va venir apporter une ouverture et une certaine expertise au travail industriel, en proposant de nouvelles idées qui sortent un peu du cadre,  car c’est forcement ce qu’on peut faire en recherche. On n’est pas soumis aux mêmes contraintes et au même environnement qu’en entreprise, cela permet d’apporter des idées nouvelles, une expertise, des outils, et aussi de nouvelles façons de faire.

- Un travail en entreprise qui va me donner un cas d’étude réel, avec toutes ses contraintes et de véritables problématiques « entreprise ». Nous allons pouvoir gérer la recherche en se disant qu’il faut penser à prendre en compte cet aspect là et faire coexister les contraintes et besoins « entreprise » avec la recherche.

Aujourd’hui, je participe à la rédaction d’un cahier des charges pour trouver un nouveau logiciel de gestion des transports de tous les colis de l’Etablissement Français du Sang, avec un logiciel de traçabilité classique qu’on appelle un TMS. L’idée, c’est qu’au travers de ce logiciel, qui peut servir de base, nous puissions commencer à récupérer des données pour la recherche, pour les  exploiter. Des activités de recherche telles que des objets connectés, le data mining ou le physical internet etc… vont être explorées, pour simuler et optimiser les processus et donc servir opérationnellement à l’EFS. Mon travail consiste à creuser ces sujets de recherche et faire des simulations, des expérimentations, ce qui est très intéressant. Cela permet de montrer les limites du modèle, affiner le modèle et donc nous permettre d’en connaître beaucoup plus, le tout appliqué sur le terrain

Mon travail de thèse consiste à exploiter cette masse de données une fois qu’elle est récoltée. Surveiller un colis n’est pas compliqué, mais traiter cette donnée en temps réel et en gérer des centaines en même temps c’est plus compliqué. Grâce à ces données, nous voulons construire une image de la réalité et que l’on compare à ce qui a été prévu via mon logiciel classique, tout en faisant cette comparaison je peux détecter des anomalies automatiquement. Je peux également en prévoir dans la mesure où je vais avoir un historique. L’EFS pourrait alors déployer ce type d’outil ensuite.

  • Quelle est l'originalité de votre sujet de thèse ?

Par rapport à ma thèse en 180 secondes : Je ne m’y attendais pas mais ma thématique est originale.  Il y a peu de sujets concernant la logistique, la supply chain. Le fait d’être à l’EFS a également un coté « humain » et du « cela peut arriver à tout le monde, j’aimerai que mon transport se passe bien et que mon produit arrive au bon moment ». Après, le sang est aussi une thématique qui peut crisper.

  • Quel est votre parcours ?

Je viens du sud de Nantes, j’ai fait 2 ans de prépa, un parcours classique, difficile mais très formateur. Je voulais clairement l’école des Mines d’Albi, c’était l’objectif, pour ne surtout pas faire ce que je suis en train de faire actuellement ! À la base, je voulais faire des matériaux ou travailler dans l’agroalimentaire mais surtout pas le centre Génie industriel.

A l’école, pendant mon cursus ingénieur, je suis passé un peu partout dans les centres de recherche. J’ai fait un 1er stage opérateur dans l’agroalimentaire, ensuite je me suis tourné vers les matériaux, et en M1 plutôt vers l’énergétique avec le traitement des déchets d’une usine chimique chez Solvay avec qui l’école est partenaire.  

C’est lors de mon M2 que je me suis rapproché du centre Génie Industriel dans la filière GSI (Génie des Systèmes d’Information). J’ai fait mon stage de 6 mois à l’EFS, dont le sujet qui était encore une prospective était : comment peut-on faire en sorte de transporter mieux, en utilisant moins de papier, et en passant par des systèmes informatiques ?

Avant d’entrer en classe prépa j’avais fait beaucoup de théâtre, environ 10-12 ans. En arrivant à l’École, j’ai voulu continuer le théâtre, mais il n’y avait plus de troupe. Avec quelques élèves, on a donc décidé d’en monter une, nous n’avions pas forcément d’argent pour un metteur en scène, donc on a décidé de le faire nous-mêmes. Cela a duré 3 ans et la troupe existe encore aujourd’hui, jouant à Acthéa chaque année. Arrivé en M1, j’ai pris la présidence du festival ACTHEA, ce qui n’était pas prévu. Je me suis éclaté et c’est suite à cela que j’ai décidé de continuer ma formation vers une filière « d’ingénieur théâtre ». 

Donc après mon stage à l’EFS, j’ai effectué un an de formation en master spécialisé en direction des équipes techniques dans les salles de spectacle à l’ENSATT à LYON. Ce qui m’a amené à faire mon stage à la scène nationale à ALBI pendant 4 mois en tant que stagiaire et ensuite sur un festival à Nantes. Et c’est pendant cette année là, pour diverses raisons, que je me suis replongé dans le sujet de thèse de l’EFS qui avait été ouvert à la fin de mon stage, mais j’avais alors une image assez biaisée du travail de thèse. Le sujet est extrêmement intéressant et après mure réflexion j’ai fini par postuler.

J’ai donc commencé la thèse en septembre dernier à l’EFS et j’ai postulé à Ma Thèse en 180 secondes (MT180) au mois de janvier 2017. Je fonctionne beaucoup au ressenti et aux opportunités ; s'il y a une opportunité qui se présente il faut la saisir même si j’avais envisagé autre chose.

  • Et après votre doctorat ?

Cela fait 6 mois que je suis en thèse et j’ai quelques idées :

S’il y a un besoin et que la thèse se passe bien, continuer à travailler sur des projet à l’EFS. Si je m’éclate toujours en recherche et qu’un post doc ou une opportunité dans le monde universitaire se présente, je pourrai poursuivre dedans. Trouver un travail dans le privé ou dans le public, ailleurs. Elever des chèvres dans le Larzac… (rire) comme je l’ai dit je marche beaucoup au ressenti.

Dernier aspect que j’ai oublié de mentionner pour le futur, c’est l’enseignement, parce que faire une thèse cela permet de s’y confronter un peu  et c’est une chose qui m’intéresse particulièrement. Ma Thèse en 180 secondes c’est un peu lié à cet aspect qui m’attirait parce qu’il faut expliquer et faire comprendre aux autres.

  • Recommanderiez-vous ce dispositif à d’autres docteurs Mines Albi ?

Je le recommande à tous ceux qui font de la recherche même au-delà des docteurs, aux professeurs ou enseignants-chercheurs de faire l’exercice d’explication de leurs travaux en 3 minutes. Je pense que c’est intéressant pour n’importe qui. J’ai toujours dit que je ne voulais pas faire de thèse car j’avais une image du monde de la recherche complètement biaisée, et je pense que cela pourrait permettre aux étudiants d’ici et même au grand public de voir que les sujets de la recherche sont accessibles, compréhensibles par tous.

Le format de 3 minutes est court pour la personne qui explique mais suffisamment long pour la compréhension d’une personne non initiée. Cela nous pousse à nous confronter à la contrainte de temps,  une chose à laquelle nous n’avons pas trop l’habitude, ajouté à cela une contrainte de public non initié qui rend les choses extrêmement intéressantes.

  • Est-ce un travail qui vous sert dans votre quotidien de docteur ?

Oui cela me sert pour le monde professionnel mais aussi pour la sphère personnelle, pour expliquer ma thèse en soirée ou en famille où tout le monde ne comprend pas forcément ce que l’on fait. Cela me permet d’appréhender de nouvelles tournures de phrases plus compréhensibles et faciles mais suffisamment profondes pour bien faire comprendre le sujet de ma thèse.

Au niveau professionnel, rien que le fait de pouvoir mettre des mots sur son travail et même des mots simples est très intéressant. Pouvoir construire un raisonnement logique, d’autant plus avec une problématique industrielle très concrète est très porteuse pour l’avancée de son sujet.

Parce que l’idée de MT180S, c’est de présenter notre travail au niveau théorique sans trop rentrer dans le détail ou du moins en le vulgarisant. J’ai également voulu aborder mon parcours qui ne me guidait pas à priori vers une thèse, contrairement à d’autres qui ont pu parler de réelles vocations et de passions. Et pourtant je m’éclate et cela me passionne vraiment, je suis très heureux d’être là mais ce n’était pas une vocation. Ce n’est pourtant pas par hasard non plus et je me nourris des opportunités et des choix que j’ai fait, que j’assume et qui jusque là me plaisent.

  • Le mot de la fin ?

J’encourage vraiment tout le monde à le faire et essayer de s’y frotter, à l’aise ou pas à l’oral, bien avancé dans sa thèse ou pas, car c’est une expérience extrêmement enrichissante mais pas seulement avec Ma Thèse en 180 secondes puisqu’il y a d’autres dispositifs qui existent avec des enfants, des prisonniers, des personnes âgées…

Je pense que ça fait partie du rôle des personnes qui font un peu de recherche que d’essayer de faire comprendre ses sujets, qui parfois paraissent assez éloignés du public. On se rend compte que finalement c’est assez proche de l’industrie, ou des sujets qui nous concernent tous, comme par exemple le domaine de la santé, des transports, et il y en a de plus en plus.
La recherche ce n’est pas uniquement e=mc2.